l'appel du large, c'est une vieille histoire. on a tous, un matin, senti cette poussée intérieure qui nous murmure qu'ailleurs, les choses seraient plus simples, plus belles, que le soleil y brillerait sans l'ombre de nos soucis habituels.
on se raconte l'histoire, celle de l'herbe plus verte, luxuriante et accueillante, qui nous attend de l'autre côté de la colline.
on part, alors, avec l'idée d'un choix, celui d'améliorer son sort, de devenir la meilleure version de soi-même loin des regards familiers. mais, ce que le récit de l'herbe omet souvent, c'est l'urgence, la nécessité brute qui dicte le départ.
pour certains, il ne s'agit pas d'une quête d'un mieux hypothétique, mais de la recherche d'une herbe, tout simplement, parce que la terre natale est devenue aride. le mouvement n'est pas un luxe, c'est une survie. et là, l'histoire se complique, car si l'on quitte un désert, rien ne garantit l'arrivée en oasis.
parfois, l'herbe tant espérée n'existe pas, ou n'est qu'une maigre touffe chétive sur un sol tout aussi sec. plus douloureux encore, l'herbe est là, mais le jardinier vous la refuse. on réalise alors que l'accueil n'est pas une évidence, que la nouvelle terre a ses propres barrières, ses codes secrets, ses portes fermées aux étrangers. on devient l'intrus, celui dont la présence dérange, celui qu'on ne veut pas acclimater. l'espoir se heurte à la réalité d'une hostilité sourde, d'une solitude multipliée.
c'est l'amer constat du retour, parfois inéluctable. on rentre non par choix romantique, mais par l'épuisement de l'effort, par le rejet de la terre promise, ou simplement parce que le manque, ce poids invisible, est devenu trop lourd à porter. ce n'est pas seulement la nostalgie d'un lieu qui ramène, c'est le besoin viscéral de retrouver un ancrage, d'être reconnu et aimé, même au milieu des défauts de son propre pays. et l'on découvre, en revenant, que le voyage le plus difficile n'est pas celui qui nous éloigne, mais celui qui nous ramène, enrichi d'une déception, certes, mais surtout d'une vérité essentielle : l'herbe, même la moins verte, est toujours mieux chez soi, à condition d'y être enfin chez soi, vraiment.
l'exil forcé, suivi du retour contraint, dessine une boucle de l'âme où la seule quête valable est peut-être celle de l'acceptation, ici ou ailleurs, mais toujours de soi-même.
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Allon voir, Feu ! Chatterton, 2025
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